Réformiste, jurisconsulte et érudit tunisien
 

 

Impressions de voyages entre 1871 et 1882 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Istanbul à l'époque.

 

En Turquie (1871)

Le Général Kheireddine, devenu Ministre Conseiller auprès du Premier Ministre est chargé, en 1871, d'une mission diplomatique auprès du Calife ottoman et Cheikh Salem Bouhageb fait partie de sa délégation.

La réputation de cette personnalité religieuse, comme savant exégète, de jurisconsulte et de fin lettré l'a déjà précédé à Istanbul. Il est, lui même, curieux de connaître l'avis de l'élite intellectuelle et des hommes de sciences qu'abrite à cette époque, la capitale de l'Empire ottoman.

Salem Bouhageb consent donc à y aller pour vérifier ce qu'il avait lu ou entendu dire au sujet de cette ville qui provoque chez certains une imagination débordante et un fantasme extravagant.

Le voyage dure cinq jours et se fait par bateau à vapeur de Tunis à Naples et delà, directement vers Istanbul, dont la première chose qui le frappe à son arrivée, est l'importance du port ottoman.

Comme tout le monde il est émerveillé par la découverte d'Istanbul, à cheval sur deux continents, l'Europe et l'Asie. Son passé historique influence encore aujourd'hui, toutes les religions qui entourent la mer méditerranée, même si elle témoigne des splendeurs et déchéances historiques des Empires byzantin et ottoman.

Voila des siècles que les turcs en ont fait la capital de l'Empire ottoman communément appelée "Dar Essaada" (Porte de la félicité) puis "Bab El Aali" (Sublime porte).
Istanbul est une grande ville dont la moitié de ses habitants, est de religion musulmane.

En traversant la ville, on y rencontre énormément d'étrangers parmi lesquels on distingue des officiers militaires, de hauts fonctionnaires, des commerçants des journalistes, des hommes de lettres, etc.
La majorité prétend être en mission très importante et confidentielle. En réalité ils viennent soutenir, en sous-main au gré des changements politiques, certains mouvements nationalistes avec l'espoir de s'approprier des avantages en tous genres. De cette façon, il est évident que la dégradation de la situation de l'Empire ottoman devient un enjeu stratégique majeur pour les pays d'Europe occidentale.

Ces derniers, divisés selon les périodes, composent, au gré de leurs intérêts, avec l'Empire ottoman pour obtenir des exclusivités commerciales et chercher des appuis ou des alliances politiques ou militaires au détriment d'un pays occidental concurrent.

La communauté étrangère, la plus importante d'Istanbul, se compose d'ailleurs d'Anglais et de Français.

 

 

Dés son arrivée, Salem Bouhageb est reçu par les intellectuels curieux d'entendre son point de vue sur les problèmes de l'heure et lui facilitent la visite de la ville.

Il est ébloui par les splendeurs d'Istanbul et la magnificence de ses monuments qui témoignent du règne de puissance et de gloire du sultan Soliman (1520-1566).

Il est fasciné par les sept collines de la ville, les palais et les bâtiments religieux.

La mosquée «Aya Sofia Camii» est certainement le monument le plus connu de la ville et représente à elle seule le symbole de l’empire byzantin. En y entrant, il est frappé par la grandeur de la construction.

En face de celle-ci, la « mosquée bleue » construite en 1606, «Sultanahmet Camii» et ses six minarets resplendit.

La Mosquée de Soliman, construite en 1400 est magnifique. L'immense espace de la salle de prière et la luminosité intérieure sont  impressionnants par les 260 fenêtres qui éclairent les faïences bleues d'Iznik , couvrant tous les murs.

Toutes ces mosquées inspirent le repos, la méditation et l'échange culturel privilégié avec l'élite intellectuelle.

Sur un autre plan, sa déception est grande devant la situation qu'a engendré le manque de réalisme et les conséquences graves qui touchent tout ce qu'a été l'Empire ottoman, y compris les pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, où la population subit déjà les pires sévices. Les derniers sultans de l'époque sont des irresponsables à tous les niveaux (mentalement faibles, incapables et parfois débiles) abandonnant tous les pouvoirs aux grands vizirs et hommes avides de privilèges, aussi corruptibles les uns que les autres.

Selon des interlocuteurs censés, rencontrés ici et là, les tentatives mal ordonnées de modernisme imposé transforment la vie sociale. L'influence des européens par l'introduction du matérialisme et des tentatives malheureuses de transformer les mentalités font perdre à cette ville tout le charme et l'admiration qu'elle avait eu auparavant.

En quittant Istanbul, Salem Bouhageb éprouve une désagréable impression de mystères et un sentiment de désespoir malgré le passé historique et prestigieux de l'Empire ottoman.
Quoique musulmans comme eux, les ottomans traitent les arabes avec suffisance et arrogance.

Soliman Camii.

Vue intérieure

Istanbul vue du Bosphore.