Hommage solennel

 

Salem Bouhageb a vécu une époque importante de l'histoire de la Tunisie.
Cette époque a vu la révolution industrielle en Europe.
La volonté des tunisiens éclairés et des intellectuels est de voir la Tunisie entamer les réformes nécessaires pour que toute la population puisse bénéficier des effets positifs d'une évolution moderne de notre société, mais adaptée à l'entité arabo-musulmane de notre société.

 

Salem Bouhageb est le maître à penser du renouveau tunisien, après l’invasion française et l’occupation coloniale, et pas uniquement sur le plan culturel.

 

Nous commémorons, le 14 juillet 2008, la 84 ième année de la mort de Cheikh Salem Bouhageb.

 

Calligraphie du nom Salem Bouhageb.

 

Salem Bouhageb, un homme d'action, d'esprit et de cœur.

Homme d'action il le fut certainement très tôt quand il entreprend ses études à Tunis et ce malgré le dédain affiché par les professeurs à l'esprit rétrograde et figé.
Il est animé d'une incroyable force de caractère, d'humeur joyeuse et d'une vivacité d'esprit hors du commun.
Docteur puis agrégé de l'Université Jemaa Zitouna, il y enseigne pendant plus de soixante quatre ans.
Apprécié de ses étudiants, exigeant envers eux mais surtout envers lui-même, juste et loyal, curieux de tous les savoirs, véritable Homme d'esprit, encyclopédique à ses heures, humaniste toujours.
Aimant comprendre et partager, dialoguer et appendre, ouvert au monde et aux autres, Salem Bouhageb est un bon vivant, généreux, bienveillant et sans complaisance.
Homme de cœur indubitablement, magnanime et fraternel, il aimait la vie.

 

Son témoignage

Salem Bouhageb est un témoin des événements qui marquent la Tunisie dans la deuxième moitié du 19ème siècle et le début du 20ème, il transmet ses observations, ses connaissances et son expérience acquises durant ses déplacements et ses visites à l'étranger aussi bien en Orient qu'en Europe, à ses compatriotes avides eux aussi d’apprendre et de connaître.

Cette transmission se fait notamment en exerçant ses fonctions d'enseignant, d'orateur, de poète et de Fakih, aussi bien à l’occasion des prônes du vendredi, qu’il donne à la mosquée « Sobhan Allah », que lors des rencontres avec les intellectuels au salon littéraire de la Princesse Nazli Henem Fadhil à La Marsa.

Ses idées novatrices et réformistes qui plaident notamment pour une modernisation de la pensée suscitent un vif intérêt auprès des penseurs et des historiens partisans d'une pensée moderniste.

Parmi ces intellectuels il faut citer également les étrangers de passage en Tunisie comme  Max Freiherr von Oppenheim (1860-1946), diplomate, grand voyageur et anthropologue allemand, de passage à Tunis, en 1886 et en 1892 et surtout Cheikh Mohamed Abdou qui visite Tunis en 1885 et en 1903.

 

Salem Bouhageb souligne, à plusieurs reprises, l'importance du rôle des établissements d'enseignement dans la consolidation des hautes valeurs, des principes et des idéaux, dont notamment le patriotisme, l'esprit de solidarité, le sens de la discipline et l'abnégation.

Cheikh Salem bouhageb

 

Le constat

Cheikh Sidi Salem Bouhageb constatait après ses études, ses recherches et ses voyages à l'étranger que la Tunisie, comme d´ailleurs tous les pays musulmans, se trouvaient dans une situation de décadence permanente par rapport à l´époque glorieuse de l´Islam, il y a cinq siècles.
Les sciences étaient prospères et avancées dans le monde musulman. L´Europe emprunta ces sciences aux musulmans pour les dominer au fur et à mesure que ceux-ci les abandonnaient. Aujourd'hui, le monde dit civilisé dont l'Europe, nous domine et nous impose ses produits, sa façon de vivre et son point de vue.
En Tunisie, une grande partie de l'élite désillusionnée se renfermait sur elle-même, pensant ainsi par cette attitude négative, sauver ce qu´il y avait à sauver.
Il devait également constater  l´obscurantisme institué par ceux-là même qui sont appelés, notamment, à guider les générations à venir. Il s´agit ici des "Ulémas" de Jamaa Zitouna qui à cette époque étaient plus occupés par leurs privilèges que par leur mission sacrée.

 

Ses observations

Il établit des comparaisons entre la situation de sous-développement et de pauvreté que vivait le monde musulman et la situation de progrès et d'épanouissement que vivaient les Occidentaux. Il analysa également les causes de ce fossé qui séparait les deux mondes.
Il consigna en outre ce qu'il avait observé en France, au niveau des systèmes politiques et des institutions éducatives et culturelles. A chaque fois qu'il se penche dans son livre sur une chose qu'il avait observée et qui lui avait plu, il rappelle à son lecteur que la même chose existait chez les Musulmans lorsqu'ils étaient à l'apogée de leur civilisation. Lorsqu'il décrit par exemple la Bibliothèque Nationale de Paris, il ne manque pas de mettre en relief l'avidité avec laquelle les Califes musulmans rassemblaient les livres dans le passé, à l'instar d'El-Ma'moun à Bagdad ou des Califes omeyyades de Cordoue.
Lorsqu'il évoque le souci constant de la France à vulgariser l'enseignement et à bâtir des écoles et des universités, il ne manque pas non plus d'insister sur le souci tout aussi permanent de l'Islam à répandre les connaissances et les sciences.

 

Salem Bouhageb participe activement à la vie publique.

Salem Bouhageb compose divers ouvrages et opuscules, dont le recueil ayant pour titre "Les sermons du vendredi" est imprimé en 1913, à "l'Imprimerie Tunisienne", 57 Souk El Blatt à Tunis.
On connaît de lui diverses dissertations de fikh où il montre une largeur d'esprit plus grande que celle des fikhs de son époque et un souci évident de démontrer l'accord de la règle islamique avec les besoins du monde moderne.
Salem Bouhageb ne manque pas de comparer la situation des pays européens avec celle du monde musulman et d'évoquer pour certains détails concernant les volets de la vie politique et sociale, de l'économie, de l'instruction et de la maîtrise du savoir, etc. la position de la Loi musulmane. Celle-ci encourage depuis toujours, et dans tous les domaines,  l'effort de développement. La décadence dans le monde musulman est due à l'ignorance et à la négligence des systèmes rétrogrades de gouverner. Il fut un temps où les pays musulmans avaient la maîtrise du savoir et gouvernaient des espaces plus vastes que les limites actuels des différents pays.
Salem Bouhageb, se référent au Coran et à la tradition prophétique, démontre, entre autres, le caractère licite et obligatoire des voyages entrepris par le musulman pour approfondir encore plus ses connaissances et acquérir de nouvelles expériences et un savoir plus grand.
Les voyages permettent aussi d'accumuler des sujets de méditation et d'avoir confirmation de la sagesse et de la puissance divines.
Une étude complète sur Cheikh Salem Bouhageb ne peut être publiée sur ce site car elle est fastueuse.
Un résumé ou un aperçu de certains thèmes ou sujet est publié dans ce site et fait l'objet, de façon périodique, de mise à jour où d'actualisation.

 

Salem Bouhageb est un homme d'esprit pétillant d'intelligence et d'humour.

Salem Bouhageb est un homme d'esprit dont les réparties spirituelles restent célèbres dans la mémoire des intellectuels tunisiens. La renommée de Salem Bouhageb reste encore vivante, aujourd'hui, parce que les générations précédentes ont perpétué cette réputation.
Ces réparties sont énoncées sous forme de vers composés sur le moment avec une facilité étonnante mais naturelle quand on sait qui les exprime.
A chaque fois qu’il en a l’occasion, il oriente son plaidoyer par la recherche du secret de l’émancipation non dans les aventures, mais dans un puissant effort sur soi-même. Il incite ses interlocuteurs à s'ouvrir largement au progrès tout en restant fermement attachés à leur religion.
Le point de départ de sa pensée est le problème de la décadence et la  nécessité d'une renaissance.
En ce qui concerne le système éducatif, les écoles traditionnelles souffrent de maux tels que la stagnation et l'imitation servile. Elles n’enseignent pas les sciences nécessaires pour bénéficier des avantages du progrès dans tous les domaines.
Un simple retour au passé historique du monde musulman est impossible. Il faut passer par l'acceptation des changements résultant des progrès économiques et sociaux qui secouent déjà l’Europe.
Salem Bouhageb croit au progrès et à la parfaite compatibilité de celui-ci avec la religion et de la modernité avec la tradition.
Il a une très vive admiration pour les institutions européennes, mais il ne pense pas qu'il soit possible de copier purement est simplement leurs lois et leurs institutions.
Il faut aussi être en mesure de distinguer, parmi les changements proposés pour notre pays, ce qui est bon de ce qui ne l'est pas.
Il rappelle à chaque fois que l'emploi de la raison est primordial.
Il admet ainsi le rôle essentiel que tient la science et ses fondements par rapport à notre entité nationale sans pour autant tomber dans le scientisme.
Par son savoir, sa lucidité et son courage « ijtihâd », il contribue à libérer l'esprit sclérosé par des siècles d'immobilisme intellectuel.
Il contribue enfin à réveiller les sentiments de liberté et de patriotisme.
Salem Bouhageb est l'un  des premiers  penseurs tunisiens à jeter les bases du débat autour  de la compatibilité entre la modernité et la tradition arabo-musulmane. Il consacre sa vie et son œuvre à l'élaboration d'un humanisme libéré des pesanteurs de  la tradition archaïque.

 

Il a souligné l'importance du rôle des établissements d'enseigne- ment dans la consolidation des hautes valeurs, des principes et des idéaux, dont notamment le patriotisme, l'esprit de solidarité, le sens de la discipline et l'abnégation.

 

Une foule d'élèves enthousiastes suivent avec ardeur ces cours, ce qui fait que son autorité morale et sociale le font remarquer par ses pairs et par le monde culturel dont certains membres étrangers, comme Farés Chidiak, attirent l'attention des dignitaires de la Régence de Tunis. Son constat réaliste de l'état dans lequel se trouve la Tunisie et ses réflexions font que Brahim Riahi tout comme Kheireddine Ettounsi, Hussein Pacha et Beyram V l'invitent à les rejoindre dans leurs tentatives de réformes à entreprendre pour redresser la situation du pays.

 

La croissance économique et le bien-être d'une société apparaissent quand la production repose de plus en plus sur la connaissance, c'est à dire, la créativité et l'innovation.

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