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La réforme de l'enseignement vue par le Général Hussein
Le Général Hussein mérite toute l'attention aussi bien des historiens et des chercheurs que celle des politologues, car il était d'une trempe exceptionnelle.
En effet, ce circassien, qui fut amené à Tunis alors qu'il n'avait pas dix ans, suscita l'intérêt du prince Husseïn Bey qui s'occupa de son éducation, en le confiant aux meilleurs enseignants de l'époque tels que le Cheikh Salem Bouhageb, grand érudit et théologien, qui lui inculqua les bases de la langue arabe, ainsi que la grammaire et la théologie, ce après avoir appris le Coran et le Hadith du Prophète au " Kouttab " (école coranique). Il étonna par son intelligence et ses capacités d'assimilation. Ce fut la raison pour laquelle Ahmed Bey 1er trouva en lui, celui qui était destiné à une carrière de haut commis de l'Etat après une formation qu'il devait recevoir à l'école militaire du Bardo, qui fut instituée en 1840, à l'instar de l'école militaire de Paris, et où le général Hussein a pu développer ses connaissances et cultiver ses dons.
Plus tard, il fut le bras droit de Kheireddine qui remarqua de prime abord, son esprit critique et éveillé. Il occupa plusieurs postes importants, dont celui de premier maire de l'institution de la municipalité de Tunis en 1858. Ayant été à la tête de l'imprimerie officielle en 1860, il fit paraître au journal édité par cette institution, un rapport sur l'enseignement Zeïtounien paru dans le numéro du 6 septembre 1861. Dans ce rapport, il adressait une critique sur les méthodes figées, de l'enseignement à cette université, considérée pourtant comme étant la plus réputée au Maghreb arabe.
Il déplorait une certaine routine dans l'enseignement avec des matières qui étaient aussi nombreuses qu'inefficaces et qui sont inculquées aux étudiants avec un certain automatisme pour leur " bourrer le crâne " sans se soucier de l'intérêt qu'elles peuvent susciter ou ne pas susciter.
" Les étudiants ont besoin, écrivait-il d'enseignants, qui leur apprendraient une méthodologie qui leur permettrait d'acquérir intelligemment le savoir.
Il citait pour appuyer ses argumentations, les remarques d'Ibn Khaldoun, à ce propos, intervenues dans son ouvrage " Les prolégomènes " (Al Muqaddima) celui-ci, pareil à Montaigne qui préférait une tête bien faite à une tête bien pleine, appelait à la méthode analytique, qui contribue à l'élaboration de la pensée, la cogitation étant l'essence même de l'être, tel que l'a déclaré Descartes en écrivant dans son discours de la méthode : " Cogito Ergo Sum " (Je pense donc je suis) et qui considère le " bon sens est la chose du monde la mieux partagée ".
Le général Hussein appela dans son rapport précité, à une réforme de l'enseignement fondée sur cet esprit analytique et ce bon sens, auquel avait appelé Ibn Khaldoun, et les philosophes arabes tels que El Farabi, Averroès, bien avant Descartes. Ce rapport lui valut d'avoir été nommé à la tête du ministère de l'instruction publique (Education nationale) en 1874 et qu'il ne quittera qu'en 1881, date qui marqua le début du protectorat.
Ahmed YOUNES
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