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Ali Bach Hamba (1876-1918)

 

Organisateur, Journaliste, et Homme politique.

Il est vraiment décevant de constater dans quel oubli sont tombés les précurseurs auxquels nous devons la Tunisie d'aujourd'hui, et qui, a des titres divers, ont contribué, chacun suivant sont tempérament et ses facultés propres, a lui redonner confiance en elle-même, et avec le désir, voire la volonté de secouer la torpeur ou de longues années d'arbitraire et d'abandon l'avaient plongée, la légitime ambition de récupérer, du même coup, ce prestige intellectuel et moral qu'elle exerça, sans conteste, et bien longtemps, sur toile l'Afrique du Nord islamisée.

Et ceux qui s'imaginaient que notre pays, avec ce qu'il recèle d'ardeur combative, de vaillance et de foi en l'avenir est le résultat d'on ne sait quelle miraculeuse génération spontanée et ne doit rien ou presque a ces courageux pionniers, qui ont tant lutté et souffert pour lui donner sa physionomie présente et promouvoir ses forces latentes et inutilisées au service du noble idéal qui avait animé leur vie, font montre d'une méconnaissance inexcusable de leur oeuvre constructive et féconde.

Aussi bien , et sans alleu jusqu'a préconiser l'institution chez nous, a l'exemple de la Chine, d'un véritable culte des ancêtres, lequel entre parenthèses, a permis a ce grand peuple de conserver intacte sa personnalité, en dépit des révolutions et des convulsions de toutes sortes , qui eussent précipité la décomposition d'un organisme moins résistant, croyons-nous ne pas trop exiger de notre jeunesse, si perméable a la voix du devoir et du sentiment, que de souhaiter qu'elle n'oublie pas d'honorer comme il se doit, la mémoire des hommes d'élite ou d'action qui ont bien mérité de la Tunisie.

Tel est précisément le dessein de l'auteur de cette galerie de portraits et c'est parce qu'Ali Bach Hamba fut un des principaux artisans de la résurrection de ce pays qu'il doit y occuper une place de choix.

Mais s'il est admis que la Régence est redevable, en partie de sa réorganisation administrative et culturelle a l'initiative d'hommes entreprenants et hardis, tels que Youssef et Mustapha Saheb Et-Tabaa, Ahmed Ben Dhiaf, Kabadou, Mohammed Beyrem, Salem Bouhageb, le Général Hussein et le grand Kheireddine, il n'en est pas moins vrai que leur oeuvre avait trouvé des continuateurs non moins déterminées a la poursuivre, parmi ceux qu'ils avaient préparés a cette tache et qui s'y sont vouées avec une persévérances et une abnégation dont le pays ne devait pas tarder a retirer les bénéfices

Descendant d'une vieille famille turque d'Anatolie, cette vaste et inépuisable province qui avait donné a l'Empire et a la Tunisie tant de valeureux soldats et de marins audacieux et redoutés , il devait hériter de son aïeul , chef d'un détachement de la fameuse milice que sa bravoure et ses exploits avaient rendue légendaire son autorité, ce goût de l'ordre et cette franchise qui, dés sa jeunesse, lui avaient conféré sur ses condisciples, et sans contrainte aucune, un ascendant que tous lui reconnaissaient volontiers. Il ne sera pas le dernier a s'en apercevoir et il utilisera cet insigne privilège aux fins qu'il s'était toujours assignées : L'émancipation de son pays.

Brillant élève a Sadiki, il étonnera et ses camarades et ses maîtres par son exceptionnelle facultés d'assimilation, sa capacité de travail et la fermeté de son caractère.

Appelé dés qu'il a obtenu son diplôme d'arabe a en prendre en main les intérêts, en qualité d'administrateur, il s'attachera, immédiatement, a la réorganisation des services confiées a ses soins et porters ensuite tous efforts sur l'immatriculation du patrimoine immobilier de cet établissement, afin de lui assurer suivant la volonté de son fondateur, une existence sure et ordonnée.

Mais décidé déjà , nonobstant les résultats encourageants enregistrés dans ce domaine, a se libérer de toute entrave administrative pour pouvoir se consacrer entièrement a la cause de son pays, il emploiera ses loisirs a la préparation de sa licence en droit, et une fois reçu définitivement s ses examens, il n'hésitera pas un instant, malgré les offres alléchantes dont il avait été l'objet, a résigner ses fonctions et a se lancer dans la vie publique pour laquelle il avait de tout temps , éprouvé une prédilection marquée.

Auparavant, et comprenant avec beaucoup de ses camarades l'utilité de la coordination des efforts au profil de l'oeuvre commune de redressement intellectuel et moral, et l'impérieuse nécessité d'orienter toutes les énergies vers la même direction, il créa en 1905 l'Association des Anciens Elèves de Sadiki, destinée, dans sa pensée, a favoriser le groupement des éléments actifs et disponibles de la jeunesse tunisienne et les échanges intellectuels, entre Français et Musulmans, au profil de cette politique d'entente et d'amitié qu'il souhaitait ardemment voir se substituer a l'attitude de méfiance ou de réserve froide et correcte qui avait marqué jusque la les rapports entre protecteurs et protégés.

Cette tentative généreuse n'ayant pas réussi à vaincre les réticences et les préjugés tenaces des uns et des autres et a provoquer, par des contacts fréquents et amicaux, ce rapprochement tant souhaité entre les représentants qualifiés des deux éléments. Ali Bach Hamba et ses Amis, encouragés par l'audience sympathique que Lasram avait trouvée au congrès colonial de Marseille 1906 et désireux de faire entendre, en France même, la voix des Tunisiens imbus de culture moderne et favorables a la civilisation occidentale, décident la création d'un organe en langue française “Le Tunisien” qui sera le porte-parole de notre élite et en reflétera fidèlement les idées et les tendances politiques.

" Le Tunisien" : est le premier journal tunisien publié en Français.
(Le 1er numéro de "Tunisien" parut le 7 février 1907)

Le choix de tous s'étant porté spontanément sur lui pour diriger le journal dont le besoin s'était imposé depuis longtemps a la plupart, Ali Bach Hamba, a qui incombait la tache de rédiger le programme du parti ainsi constitué, proclamera dés le premier numéro son intention bien arrêtée d'exposer et de défendre, sans défaillance ni compromission, les objectifs auxquels il avaient souscrit avec un égal empressement.

L'oeuvre de progrès entrepris par la France en Tunisie commence à porter fruits. Une génération nouvelle, instruite dans la langue française et fortement imprégnée des idées généreuses dont elle est le véhicule, se trouve aujourd'hui en état de prendre sa place dans la rénovation qui s'y accompli. C'est dans ce but qu'elle a fondé " Le Tunisien"

L'absence de toute organisation constitutionnelle et politique a jusqu'ici privé les tunisiens de toute représentation auprès des pouvoirs publics. Ils ne possèdent aucun corps constitué ayant pour mission de faire connaître leurs besoins et leurs aspirations. « Le Tunisien» sera leur porte-parole en attendant que le libéralisme du Gouvernement français leur donne le droit de faire entendre leur voix au sein d'un Conseil élu.

 

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