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L’objectif de ses voyages Cheikh Salem Bouhageb commence son premier voyage à l'âge de quarante quatre ans. Ses déplacements à l'étranger s'échelonnent de 1871 à 1882, et tiennent une place importante dans sa vie du fait qu'ils constituent un complément culturel par la recherche de curiosités et d'études.
Tout en appartenant au corps des intellectuels religieux et des juristes, il s'en distingue par son indépendance de caractère et son intelligence peu commune. Il tient toujours à parfaire personnellement ses connaissances
Salem Bouhageb considère que son éducation et son bagage intellectuel acquis auprès de ses éducateurs et des «oulémas» sont insuffisants. Ces derniers sont incapables de répondre aux questions qu'il se pose. Les intellectuels évolués et à l'esprit ouvert comme Brahim Riahi, BaïramV, Kheireddine Ettounsi, Rustom, Hussein, etc. sont consternés par la situation de dégradation qui prévaut au 19e siècle, au sein de notre communauté.
Se référant au Coran et à la tradition prophétique, Salem Bouhageb démontre, entre autres, le caractère licite et obligatoire des voyages entrepris par le musulman pour approfondir encore plus ses connaissances et acquérir de nouvelles expériences et un savoir plus grand. Les voyages permettent ainsi d'accumuler des sujets de méditation et d'avoir confirmation de la sagesse et de la puissance divines. Après mure réflexion, il tient à aller sur place en Europe pour vérifier ce qui se passe.
Faute de documents écrits nous évoquons ici quelques unes de ses remarques et de ses récits, transmis par les générations qui l'ont suivi.
A travers ces voyages, il cherche à comprendre pourquoi et comment les européens que nous considérons avec dédain depuis des siècles, ont pu rattraper leur retard et devenir puissants pour maitriser le monde et constituer une menace pour la sécurité de notre communauté et notre identité nationale. Devant cette situation catastrophique, il tient à remettre en question certaines certitudes et convictions traditionnelles. Pour Salem Bouhageb, le voyage constitue un temps fort de son existence puisqu'il lui permet de comprendre et de constater "de visu" ce qui se passe en Europe. Cela lui fait découvrir les raisons de la décadence dans le monde musulman.
Ses voyages. Cheikh Salem Bouhageb se prépare au voyage et s'organise par l'obtention de lettres de recommandations. Il tient cependant à éviter les facilités et les arrangements dans le but d'aller à la découverte des réalités et des évènements. Il est d'une activité fébrile et d'une curiosité insatiable, il veut tout voir et tout connaître. Il tient à découvrir ce qui fait le bien être de la communauté européenne dans tous les domaines. Il veut aussi s'informer et découvrir l'importance des nouvelles inventions dont en parlent, à Tunis, les étrangers venus d'Europe.
Son attention. A Paris comme dans les grandes villes, il existe des endroits où habituellement le public ayant une certaine instruction, peut consulter et lire, moins les journaux qui ne sont pas nombreux, mais des publications littéraires et autres. Il en est de même dans les jardins publics et les terrasses de cafés. Dans ces endroits, on y discute, à haute voix des évènements qui intéressent tout un chacun. Ceux qui n'ont pas d'instruction tentent d'y participer et d'y apporter leur contributions. Cependant, il faut signaler aussi que les connaissances élémentaires sont peu répandues en France comme en Italie, où la majorité de la population reste quand même illettrée. Les intellectuels reprochent à certaines autorités conservatrices et religieuses d'être des obstacles à la propagation de l'instruction publique. (voir cas du monde musulman / ottoman) Les visites à caractère économique, l'intéressent au plus haut point, comme une exploitation agricole, une entreprise industrielle, un atelier de tissage ou de confection textile, un port maritime, etc. La visite de marchés d'approvisionnement l'attire beaucoup. Sa curiosité est à son paroxysme pour découvrir les effets du modernisme dans tous les domaines. Il s'intéresse aussi à l'évolution et au modernisme dans les secteurs sociaux, hospitaliers, d'enseignement éducatif et de gestion administrative. En Europe, la puissance productive du sol est plus que suffisante pour assurer la subsistance de la population. On est émerveillé par le spectacle des petites propriétés agricoles qui produisent de si abondantes récoltes dont les occupants font preuve de beaucoup de talents. Il consulte chez certaines personnes que l'on qualifie aujourd'hui de nouveaux riches des documents et des archives qui auraient appartenu au roi de France, Louis XVI, et qui font preuve de la nullité absolue de son éducation, de la pauvreté de ses idées et de son incapacité. On se demande comment il a pu régner au château de Versailles et diriger un si grand pays qu'est la France. Comme aux alentours du Lac de Tunis, il retrouve partout les odeurs désagréables dans les zones urbaines aussi bien à Istanbul qu'en France (Marseille, Saint Étienne, Lyon, Paris etc.) ou en Italie (Livourne, Florence, Rome, Naples, etc.) Tous ces voyages provoquent chez Salem Bouhageb la réflexion et la méditation au sujet de la mise en valeur dans les pays d'Europe occidentale et le retard qui caractérise la communauté musulmane.
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Le moyen de transport. Pour les moyens de transport il utilise tout se qui se présente avec toutefois une préférence pour ceux qui lui permettent de parfaire ses observations. Il accepte de supporter les désagréments quand ils se présentent. Après 1850, le réseau ferroviaire se développe en Europe occidentale le voyage s'effectue à la vitesse moyenne de 45 km/h. Si certains voyageurs n'apprécient pas cette vitesse excessive, à leurs yeux, Salem Bouhageb considère, par contre, que les voyages en train font partie du développement et permettent de se déplacer dans un temps plus court. A défaut de chemin de fer il prend la diligence pour les longs parcours et le fiacre dans les agglomérations.
Le guide. Il lui arrive de faire la connaissance d'un compatriote ou d'une personne parlant la langue arabe, ayant un certain bagage intellectuel, installé dans la région et pouvant le faire profiter de ses connaissances. Aussi, est-il important de choisir une personne recommandable et bien intentionnée pour découvrir la possibilité de s'approvisionner convenablement, pour trouver un logement décent, avoir des informations importantes pour la poursuite du voyage et servir d'interprète sérieux.
Le logement. Pour une meilleure connaissance des traditions locales, il préfère être hébergé chez l'habitant. Contrairement à la Tunisie où les habitations n'ont presque aucune ouverture vers l'extérieur, les bâtiments en Europe sont construits avec toutes leurs fenêtres donnant sur la rue. De ce fait, on entend de l'intérieur tout ce qui se passe dehors. Il semble que la population ne peut vivre sans entendre du bruit. Le logement qu'il occupait dans la ville de Florence, a pu être retrouvé par un de ses arrière-petits-fils, Lotfi Bouhageb.
La nourriture. En Turquie, il y apprécie certains produits turcs comme le miel parfumé ou la confiture de rose. La cuisine locale préparée avec du riz, lui fait préférer le couscous tunisien qui lui manque beaucoup. En France comme en Italie, il est méfiant et n'approche qu'exceptionnellement les plats autochtones, souvent préparés avec de la viande de porc, interdite pour les musulmans. Pour cette raison, il fait préparer ses plats simples par ses compagnons de voyage, en fonction du marché qu'il fait lui même.
Les rencontres. Pour ses rencontres il agit en fonction du moment et du lieu. Il n'a aucune appréhension contre ceux qu'il rencontre pour la première fois. Il s'entretient avec des personnes de toutes les cultures à la condition qu'ils soient bien éduqués et avoir une certaine affinité pouvant contribuer à un entretien raisonnable sans être formel. Salem Bouhageb qui aime jouer aux échecs, l'amène à trouver facilement des partenaires de rencontre.
Ses compagnons de voyage. Salem Bouhageb voyage souvent en compagnie de connaissances et au moins d'un de ses fils, dans le but de prévoir les difficultés éventuelles, d'éviter les moments de solitude et de partager avec ces compagnons les agréments du voyage.
Attitude des européens à son égard. Les autochtones d'Europe occidentale montrent ouvertement leur étonnement, en faisant des remarques désobligeantes, quand ils se trouvent en présence d'étrangers parés de leurs costumes traditionnels. Salem Bouhageb, magnanime, ne se laisse pas impressionner par leur manque de tact, leurs remarques et commentaires. Pour éviter les désagréments et les attroupements inévitables, il se déplace en utilisant un fiacre. Dans les milieux où il est attendu, il est reçu poliment, mais avec froideur par le Français; plein de fierté, l'Italien le considère avec curiosité; l'Ottoman tout juste poli mais avec arrogance.
Ses observations Il revoit Bembla, le village de son enfance, Tunis la Capitale, Kairouan, Mahdia, etc. mais l'Europe inspire en lui la rêverie et la méditation, il est ébahi par ce que des êtres humains comme nous tous, peuvent réaliser pour améliorer le bien être de la société et de la communauté. En quoi ces Européens sont ils différents de nous ?.
De retour à Tunis, Salem Bouhageb est conscient, plus qu'avant, des mutations irréversibles qui touchent aussi bien la société que les esprits pour le bien être de l'humanité. En ce qui concerne notre communauté il y a lieu d'entreprendre les réformes qui s'imposent dans le respect des sources d'autorité de l'Islam.
Notre religion encourage l'Ijtihad dans l'effort et le travail pour le progrès de chacun. La résistance farouche et malveillante de certains éducateurs, de hauts responsables culturels et autres ne fait qu'aggraver la décadence sociale que nous subissons depuis des siècles et nous mène invariablement à l'état de soumission.
Tout le pays se trouve être pris en otage par la décadence et l'ignorance animées par une élite avide de pouvoirs et inconsciente des conséquences brutales des puissances étrangères qui viendront dominer notre communauté.
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